SOCIÉTÉS
L'argent noue le monde
1571 de notre ère
Histoire · Époque moderne · Holocène · Méghalayen
Au XVIe siècle, la Chine des Ming convertit sa monnaie et son impôt à l'argent et met, de fait, la moitié du monde à la mine. Le prix de l'argent y double par rapport au reste du monde ; l'Amérique espagnole et le Japon répondent par dizaines de milliers de tonnes et, dès 1571, les galions de Manille en portent une cinquantaine de tonnes par an droit à travers le Pacifique. Les isotopes des vieilles monnaies tracent désormais les routes : le métal mexicain coulait vers l'Europe, celui de Potosí vers la Chine.
Pourquoi c’est important
Les historiens de l'économie datent la mondialisation de cette boucle : pour la première fois, un prix fixé à Pékin déplaçait des salaires en Bolivie et des fortunes à Séville. Le commerce de l'argent charriait aussi son ombre, le travail forcé des mines, et ses passagers clandestins, les cultures américaines qui aidèrent la population chinoise à doubler. Toute chaîne d'approvisionnement qui enserre aujourd'hui la planète descend de cette première, bâtie sur un métal et un appétit.
Datation et incertitude
La fondation de la Manille espagnole en 1571 ouvre la branche pacifique du commerce de l'argent, date que les historiens de la mondialisation prennent pour le moment où tous les continents habités furent joints dans un même échange. Les flux se reconstruisent par les registres et, depuis peu, par la physique : les isotopes des monnaies européennes montrent l'argent mexicain filant vers l'est quand celui de Potosí partait vers l'ouest, à travers le Pacifique, vers la Chine.
Sources
- Flynn & Giráldez (2002), Journal of World History · Cycles of silver: global economic unity through the mid-eighteenth centurydoi:10.1353/jwh.2002.0035
- Desaulty & Albarede (2013), Geology · Copper, lead, and silver isotopes solve a major economic conundrum of Tudor and early Stuart Europedoi:10.1130/g33555.1
- Barragán (2017), Brill · Potosí's silver and the global world of trade (sixteenth to eighteenth centuries)doi:10.1163/9789004336391_007
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